Cultiver la connexion quotidienne dans son couple

Par Soazig Castelnérac et Marylise Richard

Nous n'avons probablement jamais été aussi connectés. À notre téléphone, à nos mails, à l'actualité, à ce qui se passe à l'autre bout du monde. Nous cherchons aussi à être davantage connectés à nous-mêmes, à nos émotions, à nos enfants, à ce qui nous entoure. Mais finalement, à quel moment nous demande-t-on si nous sommes encore vraiment connectés à la personne avec qui nous partageons notre vie ?

Car cette connexion-là est peut-être l'une des plus précieuses. Celle qui permet, au milieu d'un quotidien rempli de rendez-vous, de travail, d'enfants et de mille petites choses à gérer, de continuer à se regarder, à s'écouter et surtout à savoir qui est l'autre aujourd'hui. Non pas simplement celui ou celle avec qui l'on vit, mais la personne que l'on aime et avec laquelle on a choisi de faire couple.

Être connectés ne signifie pas ne faire qu'un

Commençons peut-être par là, car la confusion est facile. Être connecté à son conjoint ne signifie pas être toujours d'accord avec lui, ressentir la même chose au même moment ou réagir de la même façon face aux événements. Cela ne signifie pas non plus connaître suffisamment l'autre pour deviner ce qu'il pense sans qu'il ait besoin de parler. Nous restons deux personnes différentes, avec notre histoire, notre sensibilité et notre manière de voir le monde. Et heureusement.

La connexion dans le couple se joue ailleurs. Elle se trouve dans cette capacité à maintenir un lien entre ces deux individualités, à continuer à s'intéresser sincèrement à ce que l'autre vit et à lui permettre, en retour, d'entrer dans notre propre monde. Pour qu'une connexion existe, encore faut-il que quelque chose circule. Et dans le couple, ce sont d'abord les mots, l'écoute, les confidences, les questions que l'on ose poser et les réponses que l'on prend vraiment le temps d'entendre qui permettent au lien de circuler.

Être acteur de son couple plutôt que spectateur de son histoire

Une relation peut-elle continuer à grandir si l'on attend simplement qu'elle fonctionne ?

Avec les années, il est tentant de considérer son couple comme une évidence. On s'est choisis, on s'aime, on partage une maison, parfois des enfants, des habitudes, des projets. Cette confiance est précieuse et il serait épuisant de remettre chaque jour en question la solidité de son histoire. Mais entre avoir confiance dans son couple et penser qu'il est acquis, la frontière est parfois plus fine qu'on ne le croit.

Être acteur de son couple, ce n'est pas organiser sans cesse des choses extraordinaires ou transformer sa relation en projet à optimiser. C'est simplement se demander régulièrement ce que l'on fait, concrètement, pour entretenir ce lien. Quand avons-nous, pour la dernière fois, initié un moment rien que pour nous ? Quand avons-nous véritablement écouté l'autre nous raconter ce qu'il traversait ? Quand avons-nous nous-mêmes pris le temps de lui dire où nous en étions ?

La connexion ne repose pas uniquement sur un sentiment. Elle se nourrit de ce que chacun choisit de mettre en mouvement dans la relation.

Le couple est souvent ce qui passe en dernier

Il y a quelque chose d'assez paradoxal dans nos vies bien remplies : ce qui nous sollicite le plus finit naturellement par prendre le plus de place. Les enfants savent très bien nous rappeler qu'ils ont besoin de nous. Notre travail nous indique rapidement lorsqu'un dossier doit être terminé ou lorsque notre investissement n'est pas suffisant. Notre téléphone, lui, n'hésite jamais à nous envoyer une nouvelle notification.

Mais notre couple ? Lui peut rester silencieux très longtemps.

Il ne vient pas nécessairement nous rappeler qu'il aurait besoin d'une soirée à deux, d'une conversation ou simplement d'un peu d'attention. Et lorsque tout semble aller bien, il devient très facile de penser que ce moment peut attendre. Après tout, nous nous voyons tous les jours. Mais passer du temps à deux et partager du temps à deux sont deux choses différentes. On peut passer toutes ses soirées dans la même pièce sans véritablement se retrouver. Prioriser son couple ne signifie donc pas lui consacrer davantage d'heures qu'à son travail ou à ses enfants. Cela signifie lui réserver une place qui ne soit pas systématiquement celle qui reste lorsque tout le reste a été organisé. Alors, dans l'agenda de la semaine qui arrive, où est votre couple ?

Continuer à découvrir celui ou celle que l'on croit connaître par cœur

Il existe enfin une autre dimension essentielle de la connexion : être suffisamment connecté à soi-même pour pouvoir continuer à se raconter à l'autre. Car nous changeons. Celui ou celle que nous avons rencontré il y a cinq, dix ou vingt ans a évolué. Ses envies ne sont peut-être plus exactement les mêmes, ses rêves ont bougé, de nouvelles peurs sont apparues et certaines certitudes ont disparu.

Pourtant, parce que nous partageons le quotidien de l’autre, nous pouvons facilement croire que nous savons déjà tout de lui. Nous connaissons ses habitudes, ses réactions, ce qu’il aime et ce qui l’agace. Mais savons-nous encore ce qui l’anime aujourd’hui ? Ce dont il rêve ? La manière dont il imagine les prochaines années ? Les questions qu’il se pose ou les changements qui s’opèrent doucement en lui ? Être connecté à son couple, c’est peut-être cela avant tout : ne jamais considérer que l’on connaît définitivement l’autre. C’est continuer à lui laisser l’espace de devenir, de changer et de nous surprendre, tout en lui donnant accès à la personne que nous sommes nous-mêmes en train de devenir.

La connexion dans le couple n’est donc pas un état que l’on atteint une fois pour toutes. Elle se construit dans ces petits mouvements l’un vers l’autre, dans le temps que l’on choisit de protéger, dans ce que l’on ose raconter et dans cette curiosité que l’on entretient pour la personne qui partage notre vie. Et si, au milieu de toutes les connexions que nous cherchons à maintenir chaque jour, nous commencions simplement par nous demander : comment va la nôtre ?

Huit minutes pour se reconnecter

Prenez un moment à deux et accordez-vous chacun huit minutes, montre en main, pour raconter à l’autre qui vous êtes aujourd’hui. L’un parle pendant que l’autre écoute, sans l’interrompre, puis vous inversez les rôles.

Vous pouvez raconter ce qui vous anime en ce moment, ce dont vous rêvez, ce qui vous inquiète, la manière dont vous vous voyez dans un an, cinq ans ou dix ans, ou simplement vous laisser porter par ce qui vient.

Huit minutes peuvent sembler bien courtes. Pourtant, elles suffisent souvent à découvrir des choses que l’on ne savait plus, ou pas encore, sur la personne avec qui l’on partage sa vie. Et surtout, elles ouvrent souvent la porte à une conversation beaucoup plus longue.

 

Partagez cet article

 
 

Les autres articles à découvrir

Suivant
Suivant

Les Cimes Bleues : le nouvel hôtel baulois qui a tout bon.